Ce qu’il faut trouver, ce à quoi il faut se fiancer au plus vite, c’est ce monde sensible, obscur, physique des choses et des êtres. Il faut comprendre avec la peau... Le théâtre de notre temps a besoin de poètes dramatiques, et non pas de professeurs qui écrivent pour le théâtre, de comédiens et non pas de théoriciens... Peut-être serait-il bon alors de veiller à ce que ne se glisse pas entre vous et nous un idéologue, un organisateur, un administratif qui juge et décide, absout et condamne, au nom de...au nom de qui, je vous le demande?
Jean Vilar - Le théâtre, service public et autres textes, Gallimard, 1975)

Édito

Jean-Philippe Mazzia, directeur

C’est dans les lieux publics que se mêlent en chair et en os nos vies quotidiennes. Parmi eux, il en est un, le théâtre, qui permet aux uns d’offrir aux autres la représentation vivante d’une pensée, d’une esthétique, d’une vision du monde et de la nature humaine - soit une création qu’il est convenu d’appeler une œuvre.

En ce lieu d’une mise en commun de nos joies, de nos peurs, de nos désirs, de nos frustrations, de nos espoirs, naît alors, au-delà des arts et des formes, un moment de vérité collectif. Avoir ne serait-ce que la possibilité de toucher ces corps en présence nous permet en effet de ressentir et de penser autrement tout ce qui relève de l’intime et qui devient ici et maintenant tangible et partagé. Individuellement comme collectivement, cela nous libère, et cette surprenante et éphémère liberté nous divertit, au sens plein du terme, c’est à dire nous détourne de nous-même pour mieux voir, mieux entendre, mieux sentir, mieux comprendre et parfois réinventer ce monde dont chacun de nous fait partie.

En ce sens, le spectacle vivant contribue à la construction de l’individu comme d’une vie en commun démocratique. Bien sûr, le théâtre n’est pas toujours un lieu où tout un chacun se sent à l’aise, tant il semble encore à nombre d’entre nous plutôt destiné à une classe de la population dont le capital culturel est issu du capital tout court. En ces temps où un nombre croissant de citoyens ne semble plus croire que voter c’est écrire l’Histoire, il est important d’avoir conscience et de faire savoir qu’il existe des lieux où chacun d’entre nous peut, à moindre frais et en toute liberté, écrire et partager son histoire pour mieux agir sur l’Histoire en cours. 

Belle saison et au plaisir de vous retrouver bientôt !